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14 novembre 2005 - Amiga et underground
- partie I - L'ére des diskmags : Grapevine ! coders, swappers
(1990-1995) - par AtonSeth
Ce texte relate des évènements qui se
déroulèrent à une époque préhistorique.
Il n'est point question dans cet article d'incitation au piratage de
logiciels etc. Il s'agit d'un survol du passé glorieux de la
micro-informatique, de celui de cette mythique machine qu'à été
et que sera toujours l'amiga. (note: l'atari ST, c'était très
bien aussi) - Premier jet de ce texte qui va évoluer. Il y a
énormément à dire sur le sujet, beaucoup d'ajouts
etc.
C'était
il n'y a pas si longtemps mais dans le flux électro-virtuel subjectif
de notre grille temporelle, cela fait déjà une éternité.
Plus de 10 ans. Le dernier numéro de Grapevine, le n°21 a
été diffusé en avril 1995. Grapevine, diskmag du
groupe LSD fut le symbole de la scène démo amiga internationale
des années 1990. Avec 21 numéros sortis, Grapevine fut
bien davantage qu' un regroupement de coders /swappers voués
à une machine.
Grapevine, "meilleur diskmag de la galaxie", né de
la scene, bourré d'humour anglais, de rubriques aux sujets variés,
différents domaines (intro au coding, critiques de jeux, de films,
peinture sur figurine, complots, sexe, extra-terrestres, cannibalisme
:) est aussi un précurseur sur disquette des sites web collaboratifs
tels qu'on les connait aujourd'hui, et ce quelques années avant
l'arrivée massive des BBS et l'invention de Mosaic, le navigateur
web des origines, le plus connu.
Grapevine
était programmé en assembleur 68000. Rédigé
exclusivement en anglais, conçu par des anglais, son interface
ressemblait à un menu de BBS (en fait ça ressemblait davantage
au menu des sites web) auquel on aurait rajouté de l'hypertexte
et des graphismes haute-résolution.
A partir du numéro 8, (1992) les menus sont cliquables, on peut
naviguer entièrement au mulot, passer des sommaires aux articles,
imprimer, sélectionner de la musique d'ambiance, retourner à
l'index en un clic.
Dès le numéro 9, Grapevine au sommaire toujours
plus riche sera distribué sur deux puis trois disquettes. Grapevine
est loin d'être l'unique diskmag de l'époque mais c'est
incontestablement le meilleur en raison de son contenu qui sort largement
du cadre de la scène amiga. Plus de 10 ans après, il reste
toujours agréable à lire. Et c'est devenu une parfaite
machine à voyager dans le temps.
Pour lire Grapevine, il faut quelques rudiments
de langage barbare saxon. (Re) lire Grapevine est une excellente manière
d'apprendre ou de peaufiner son anglais.
Une partie des Grapevine est téléchargeable
désormais sur aminet.
On peut les lire sans problèmes avec les dernières versions
de WinUAE
ou UAE.
( une info en passant, tous les Grapevine ont des parties cachées...)
Une tentative de faire revivre Grapevine récemment
sous la forme d'un site web s'est soldé par une terrible engueulade
de la part d'un des fondateurs historique du diskmag, sorti de son silence
pour l'occasion. Après ce message très dur, bien dans
le ton de l'époque, l'erzatz a été arreté
(après 2 ou 3 numéros).

Il est dommage que Grapevine n'ait pas eu d'alternative
francophone.
En France, l'e-zine culte en ascii s'appelle No Way, il arrivera un
peu plus tard en 1994 (rédigé sur PC) et sera davantage
orienté vers le hacking, internet et aussi plus radical dans
son propos.
En 1990, en France, on n'avait pas "Grapevine"
mais on avait le minitel...
En France, début des années 90, Danbiss et Danboss tiennent
une rubrique "le bidouilleur malade, la ruse du grand patcheur"
dans le magazine Joystick. C'est la partie visible, émergée,
de l'engouement pour le cracking et la scène démo.
Le magazine Generation 4 concurrent de joystick distribuait de son coté
légalement dans une officine à Paris une collection impressionnante
de disquettes, démos, utilitaires provenant du domaine public
(pour atari st, amiga, falcon...)
En 1990, internet n'est pas du tout grand public, les BBS ne sont pas
encore très répandus mais les petits malins sont déja
reliés au monde des réseaux avec leur atari ST ou leur
amiga 500 grace au minitel
(et son connecteur RS232) qui fait office de modem. On peut jouer en
réseau, discuter en mode texte, avoir une BAL et surtout télécharger
toutes sortes de trucs du domaine public à une vitesse terriblement
lente (1200 bauds) On peut récuperer des programmes, des jeux,
des démos, des images, des petites animations vidéo pornographiques
au format atari, amiga ou pc sur différents serveurs télématiques.
Par la suite, les BSS affranchiront complètement les utilisateurs
de l'horrible taxe par minute du minitel, mais pas de la taxe téléphonique.
(il n'empêche que le minitel était véritablement
un précurseur d'internet)
Le culte de la disquette : 834 Ko en OFS et 878
Ko en FFS.
Au début des années 90, les disques durs sont chers,
lents et de faible capacité. En 1992 un disque dur de 80 Mo est
un gros (voire énorme) disque. La
disquette 3,5 pouces relativement fiable est le pivot de
la distribution, du stockage de programmes et des échanges, à
la fois dans le secteur professionnel comme chez les "sceners"
et les swappers.
Sur amiga, la disquette 3 pouces 1/2 simple face, double
densité est le support principal des données, elle est
utilisée à plein rendement, les données sont compressées
et optimisées. Le disque souple est au coeur des échanges.
* "Toute information est par nature libre"
X-copy était le meilleur logiciel duplicateur de l'amiga 500.
Il parvenait à copier certaines disquettes nondos, son efficacité
était variable et il échouait sur bon nombre de protections
complexes. Son interface délicieuse est assez représentative
du graphisme de l'époque.
Sous workbench 1.3 des amiga 500 et 2000, la disquette est formattée
en OldfFileSystem - OFS et contient 836 kilo-octets de données.
Avec l'arrivée du workbench 2.0, les disquettes simple face passent
à 878 Ko en FastFileSystem - FFS (l'icône poubelle prend
2 Ko) Les images de disquettes amiga utilisés avec UAE (ADF)
sont des reproductions exactes des originaux. Il est aujourd'hui possible
de faire beaucoup de choses avec un ADF... Des démos ? :)
Les swappers affiliés aux groupes "échangent"
ou vendent les cracks de nouveautés. Les groupes les plus célèbres
de cette première période sont Ackerlight,
groupe français, lui même producteur de quelques Diskmags
introuvables, Fairlight, LSD, Dreamdealers etc. Les softs coutent cher
et la copie, les échanges sont systématiques. On a parlé
d'économie parallèle mais en réalité, les
cracks de disquettes étaient "échangés"
bien plus que vendus.
La France a toujours été un pays de solidarité,
de liberté, d'égalité de fraternité, de
mixité et d'échanges divers :)
Bref historique : L'art du déplombage, cracker
de protection disquette et intro au boot secteur.
Dès le milieu des années 80, les jeux commerciaux sur
disquettes sont protégés par toutes sortes de verrous
logiciels (parfois même hardware) plus ou moins évolués.
Les lecteurs de disques de l'atari et de l'amiga sont mis à rude
épreuve par les formatages spéciaux des éditeurs,
ils s'usent et les protections n'empêchent pas les copies, au
contraire. Cracker un disque devient un défi.
Le challenge du cassage de protection finit par attirer un nombre de
plus en plus important de jeunes autodidactes, passés maitres
dans l'art de l'assembleur pour processeurs 68000. Ces virtuoses, on
va ensuite les appeller crackers ou pirates. (en fait il y avait déja
des crackers sur les machines 8 bits, le Commodore 64 etc.)
Les premiers crackers vont se contenter de faire sauter (déplomber)
les protections des disquettes des jeux commerciaux protégés
et d'insérer des messages personnalisés dans le boot
secteur de la disquette. C'est le tout début de "la
scène". Au fur et à mesure, les intros deviennent
plus complexes; des groupes se forment (les plus gros réunissent
environ cent personnes et plus), se lancent dans le déplombage
de tout ce qui comporte une protection.
Le début des années 90 est l'age d'or des crackers et
des swappers. La disquette 3 pouces 1/2 est le nerf de la guerre. Les
batailles engagées aboutissent parfois à des défaites.
Ainsi, la police surveille les groupes "pirates" à
la suite de plaintes des éditeurs. Quelques swappers se sont
retrouvés au poste, interrogés sevèrement avec
procès à la clé et amendes.
Demo makers
L'égo sur-stimulé par ce savoir unique, possédé
par seulement un petit nombre d'élus, les membres des groupes
se défient, s'insultent par intros interposées, rivalisent
et finissent par s'affronter en duels lors de compétitions de
"démonstrations", les demo-parties.

La demoscene fut un vivier de talents divers : coders, graphistes,
musiciens, danseuses :) Quelques heureux élus obtiendront une
gloire éphémère dans le microcosme et au dela (la
gloire c'est éphémère) Certaines productions passeront
même à la télé.
Pour lire State of the art et 9 Fingers sous windows aujourd'hui,
le mieux, est d'utiliser winfellow.
C'est le cas des trackmos du groupe Spaceballs, State
of the Art, et 9
Fingers passée sur France 2 (1993) dans une émission
consacrée aux jeux vidéos. Les deux démos de Spaceballs
auront une telle renommée qu'elles seront parodiées. Et
c'est aussi l'époque des raves qui sont vraiment underground.
Il n'y avait pas encore de raves géantes dans le larzac à
l'époque.

One
Finger de Reality, parodie la démo 9 Fingers de Spaceballs.
Paradoxalement et malgré ce savoir faire, beaucoup
de coders de la oldschool ne sont jamais passés à la création
de jeux commerciaux ou autres projets. Il est difficile de renier ses
vieux schémas mentaux :)
Quelque-uns ont affirmé que le piratage systématique
des logiciels avait été la cause du déclin de Commodore
et d'Atari en Europe. On sait aujourd'hui que le "piratage"
a été une manne pour les fabricants de hardware et même
de software. Ce qui est toujours le cas aujourd'hui. La "gratuité"
fait vendre...
La chute de Commodore fut essentiellement causée par la mauvaise
gestion (douteuse) de l'énorme structure qu'elle était
et par une incapacité à réagir rapidement face
aux mutations inévitables du secteur. Mais ceci est une autre
histoire. (et elle est pas forcément intéressante)
Une adresse indispensable pour tout ce qui concerne l'amiga,
Aminet
(c'est une incroyable caverne d'Ali Baba pour qui sait utiliser UAE,
ou un amiga d'origine)
Quelques url :
www.pouet.net/
- Les archives de la scene.
winfellow
- Emulateur conseillé sous windows pour lire les jeux et démos
68000 OCS/ECS (amiga500).
www.winuae.net
- Emulateur très complet sous windows puisque
qu'il émule le 68000 et tous les amiga 500, 2000, le 68040, l'AGA
chipset des amiga 1200 et les résolutions d'écran sous
picasso96 (cartes graphiques) Il peut même lire les disques durs
amiga directement.
www.rcdrummond.net/uae/
- versions actualisées d'UAE pour différents
os et machines (linux, morphos, amigaos...)
macuae
- uae 0.8.6 pour macos. (c'est un peu ancien)
www.worldofclassics.co.uk
- Diskmags, jeux, demos
www.back2roots.org/
- Jeux, demos...
Forum
- A suivre...
* L'éthique du hacker par Steven Levy :
- Toute information est par nature libre.
- Ne pas se fier à l'autorité, promouvoir la décentralisation.
- Les hackers peuvent se juger par leurs prouesses, non par des hiérarchies
sociales.
- Art et beauté peuvent être créés avec un
ordinateur.
- Les ordinateurs peuvent changer et améliorer la vie.
Source : http://www.manoir3portes.net
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